samedi, 07 juin 2008
Arbres tronçonnés
Le sommeil a été interrompu en cette nuit où défilaient, à la manière d’un film, des scènes projetées dans une salle obscure et désertée pour un arrêt sur image. Arrêt sur sa vie.
Image arrêtée de celle qui l’a retenue dans son départ pourtant programmé et qui s’éloigne malgré elle en solitaire pour quelques mots maladroits.
Combien de barreaux, pourtant a-t-elle ajouté à cette échelle posée sur cet arbre dressé sur son chemin, un soir d’avril ? Combien d’espoirs énoncés et entendus ? Combien d’arbres intacts en attente ?
Arbres, qui depuis, par morceaux se sont calcinés, dans quelques cheminées de hasard dans d’autres décors, autres destinées, plaintes qui résonnent en écho pour des réveils spontanés perturbant un peu plus son sommeil dans cette obscurité étrangère.
Départ tôt le matin, aucun pas ne foulant le bitume, aucun regard croisé, seule une musique familière intimement écoutée accompagne sa marche matinale qui la mène dans un lieu aux odeurs de café où ses mots glissent dans une écriture automatique sur une feuille quadrillée.
Elle l’a laissée dans son sommeil artificiel sans faire de bruit sans signaler un départ provisoire.
Elle a été troublée cette nuit par son évocation, au travers de ses mots, cris spontanés ,à un autre départ pour un voyage improvisé qui pouvait mettre fin à des douleurs tel un accident de parcours sur des chemins trop sinueux où il est plus aisé de trébucher.
Elle s’est faite alors architecte d’un instant à construire de ses jeux de mots, humour dérisoire un abri apaisant et dans d’ultimes gestes malhabiles lui a conté ses espoirs de contrées lumineuses.
Chasser l’image de cet arbre tronçonné par une ladysection et se consumant dans des cheminées imaginaires. Chasser les allers et venues d’automates qui viennent la troubler dans des rappels à d’autres décors, couloirs parcourus par des fugitifs , compagnons de naufrage d’autrefois privés de regard, orbites vidées par des chefs autoritaires sans scrupule.
Nuit à se battre contre des moulins à vent, tel Don Quichotte épuisé par une fougue virtuelle dans des paysages d’apparence hostile.
Supprimer toutes traces, restes de combat, vestiges de toutes les guerres sans ennemi et rêver encore.
Rêver à d’autres paysages esquissés par quelques artistes talentueux.. Rêver à d’autres airs fredonnés dans des vertiges aériens.
Elle s’est isolée, murée à se construire une forteresse protectrice contre vents et marées, contre un temps qui s’écoule dans un sablier au rythme indécent.
20:17 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 19 mars 2008
Je m'attendais moi-même
Elle entend la mélodie provenant d’une fenêtre restée ouverte, une chanson de Cabrel « je l’aime à mourir » croit-elle ou peut-être « je l’aimais, je l’aime, l’aimerai » qui passe sur les ondes d’une radio lointaine. Elle lève la tête et croise le regard d’une femme qui scrute l’horizon. Ce regard ne lui est pas hostile. Un regard différent de celui de sa mère. On ne s’y noie pas, on s’y accroche pour lire les mots, les mots d’une histoire d’amour, pas comme les autres. Une histoire que sa mère ne lui a pas racontée avant de s’endormir. Une histoire sans juge ni témoin qu’elle peut lire dans le regard de cette femme penchée à la fenêtre. Cette femme ne bouge pas, seuls ses yeux retracent le chemin de sa vie, son voyage engagé à corps perdus où corps et âmes se retrouvaient dans la tourmente des délices féminins. Les mots ,enfouis au fond d’elle-même, elle voudrait lui offrir comme un cadeau de naissance. Naissance d’un amour qu’elle a vécu en partage avec sa mère. Mais elle restera muette ce soir là. Elle rentrera et fermera la fenêtre pour en ouvrir une autre, celle qu’elle garde secrète et ouverte sur l’autre, l’autre monde. Et là dans un petit trou de lumière qu’elle s’est inventée, elle va s’y plonger encore. Encore un peu plus jusqu’à s’en brûler les yeux, toujours un peu plus. Histoire de retrouver la chaleur qu’elle éprouvait à la faire frémir sous les caresses qu’elle dessinait sur son corps abandonné aux plaisirs, abandon éphémère mais d’une intensité qui lui semblait éternelle. Histoire qui lui brûle les doigts et dont elle se couvre des parfums, des couleurs pour un voyage solitaire, pour une naissance à jamais inventée. Histoire à deux voix, à deux voies aussi pour éviter de trop l’approcher, pour ne pas sentir son souffle lui murmurer son rêve, celui d’autrefois, celui qui ne l’a pas fait rougir ou peut-être pour d’autres raisons, d’autres horizons. "Je m'attendais moi-même (...) Je me disais(...)il est temps que tu viennes Pour que je sache enfin celui là que je suis" Apollinaire vient à sa rescousse tandis que du pouce elle fait tourner le mince fil d’or qui entoure son annulaire…L’envie d’écrire, toujours… Et déjà elle regrette cette complicité qu’elle s’est acharné à effacer, à éviter... Et déjà elle sent poindre ces chagrins qui reviennent, laborieux, remontant le fleuve d'une vie qui n'en finit pas de la pousser vers l'obscurité
08:38 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 18 mars 2008
Elle frissonne
Elle a pris le dernier bateau ou le dernier métro et emporté dans sa poche un peu de sable, celui du château de Marion quand elle passait les mains dans ses boucles dorées ou qu’elle serrait la main de sa mère lui réchauffant son corps en entier. Elle est partie, pour combien de temps. Pour quelle main tendue, pour quel appel au corps et pour combien de luttes, de combats sans ennemis, de moulins à vent désertés ? Reviendra-t-elle, sur ce port pour croiser à nouveau cette mère et sa fille, le regard tourné vers l’horizon ? Le temps a continué au rythme d’un autre temps sans aiguille et sans écran sur un chemin tapissé de feuilles mortes de ces arbres nus, le temps d’une saison, le temps des souvenirs. Des souvenirs enfermés secrètement dont elle aime se bercer et qui la couvrent d’un doux parfum enivrant. Elle l’appelle du lointain fébrilement avec des mots détournés pour vaincre toute résistance. Cette résistance, que toutes deux avaient autrefois perdue dans un grand lit tendu de blanc lorsqu’elles s’invitaient à se fredonner quelques caresses pour mourir d’être née dans la fièvre d’un voyage enflammé. Elle l’appelle au souvenir de ces mots qui battaient la passion et respiraient aux rythme de deux corps envahis par la profondeur du désir. Elle frissonne sous sa peau au contact de la folie des mots qu’elle lui écrivait dont elle ne peut plus se détacher. Attachée aux mots qu’elle lui disait sur le désir de son corps tourmenté et dont elle voulait crier à la face du monde, le plaisir offert et qui la transperçait. Pourquoi mon corps a-t-il tant d’impatience à ton simple souvenir ? se demandait-elle ? Je désire tant vivre ton corps au rythme de ma passion dans ses élans de tourmente et de calme profond. Hymne à l’amour mon amour lui écrivait-elle.
09:58 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 17 mars 2008
Demain peut-être....
C’est ce qu’elle pense à ce moment là.
-Te souviens-tu étrangère la Méditerranée se refermant devant tes yeux et se rouvrant dans le mystère de l’aube qui se lève ?entend-elle.
Elle ne supporte plus cet appel qui résonne au fond d’elle-même.
Une main, celle d’une petite fille vient de s’accrocher et lui réchauffer le corps tout entier. C’est sa petite fille qui la regarde.
- Maman on s’en va. ?
- On rentre mon amour . On rentre.
Elle ne peut se presser. La fatigue ou le poids des souvenirs toujours aussi douloureux pense-t-elle. Elle s’arrête, les yeux encore fermés et les ouvre pour s’attarder sur les cheveux bouclés de sa fille. Ces cheveux qu’elle a toujours aimé caresser . Tremblent-elle encore ? Son amour ne l’a pas remarqué où se tait pour respecter son silence.Le vent s’est levé et lui frappe le visage. La sensation est bonne. L’ivresse peut-être où quelque chose du même ordre.
Demain elle reviendra, c’était sûre. Marion jouera encore sur les épaves échouées à se raconter, à se construire les châteaux de sable dont la fragilité a encombré si souvent sa mère.
20:25 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 16 mars 2008
Inventer la douceur
- Manuréva, te souviens-tu de ce bateau qu’on ne retrouva jamais ? Il a emmené dans sa course, dans les flots bleus de tes yeux les souvenirs secrets de ton existence. Entends-tu la chanson qu’il te fredonnait et qui te rappelle à la vie, à ce port où tu te retrouves seule dans le noir d’un passé à jamais égaré, les épaves échouées autour de toi.
C’est ce qu’elle pourrait lui répondre.
09:05 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 13 mars 2008
Un temps sans aiguille ni cadran
En ce jour d’hiver qui pourrait être comme tous ceux qu’elle a déjà vécu, elle se sent seule. Les arbres ont perdu leurs feuilles, abandon éphémère, le temps d’une saison, pense-t-elle. Elle avance à pas lents. Ses pas traduisent toute son anxiété, seule la petite musique qu’elle s’est inventée l’accompagne sur ce chemin qu’elle n’a pas choisi.
Elle croise des visages dont les regards l’indiffèrent. Rêve ou cauchemar ?
Elle frissonne sous sa peau. Aurait-elle des regrets ? Elle pense : les arbres eux n’ont pas de regrets.
Sa musique l’envahit, la porte vers ce petit trou de lumière qu’elle a dans la tête. Un petit éclat de rêve…Une fenêtre ouverte sur un autre monde, sur l’immensité de l’océan indomptable. Elle est bouleversée par une histoire d’amour écrite à corps perdu. Elle se voudrait alors sorcière pour l’enchantement, elle se voudrait magicienne pour l’enlever au monde qui les sépare, elle se voudrait muse pour l’inspirer encore. Elle va certainement se noyer dans cette chimère.
Elle s’invente alors un nouveau paysage et continue le chemin peuplé de vagues, vagues à l’âme. C’est un port silencieux parce que déserté. Seules quelques carcasses de bateaux jonchent la grève comme témoins de sa détresse. Son regard est pourtant tourné vers un horizon vite couvert du voile de ses larmes au parfum d’amertume.
Explosion de la gorge qui la torture, elle voudrait crier sa douleur et faire jaillir ses paroles à la manière de la vague qui déferle sur le roc.
Elle continue à marcher et son corps s’épuise. Le temps s’écoule.
Le temps, elle en avait presque oublié l’existence. Elle a vécu un temps sans minute, un temps sans aiguille et sans écran.. Un temps sans juge ni témoin. Seule, bercée par le rythme de ses pas, et ses quelques éclats des souvenirs lointains au fond de sa poche qui renferme des secrets, ses doigts triturent une petite pierre du temps d’avant. Alors, du bout de ses sens surgissent quelques refrains fredonnés à l’autre qui n’entendait pas.
Son visage se fige, sa plainte s’étouffe et sa tourmente semble s’atténuer. Elle s’habitue à la fièvre comme elle s’habitue à la douleur, unies dans un voyage dont elle ne connaît pas l’issue. Elle se laisse à penser la fin de son étrange égarement dont elle est seule à percevoir ses mystères.
Elle cherche de son regard sans entrave la flamme d’un visage dont le secret pourrait lui inspirer confiance. Elle caresse du bout de son esprit la couverture imaginaire d’un livre qui se referme, retient les quelques larmes vagabondes et d’un geste imprégné de douceur, effleure un corps sorti d’un grand voyage.
19:05 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















